Vendredi 11 novembre 2011
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Sur fond de pauvreté extrème, le livre évoque la misère morale et psychologique ainsi que la violence qui va souvent de paire.
Le livre raconte quelques heures de la journée d'un étudiant de Port-au-Prince, Lucien St Hilaire qui part prendre part à une manifestation dans le cadre des cérémonies marquant le bicentenaire
de l'indépendance d'Haïti en 2004.
Ce qui aurait du être une fête devient un bain de sang.
Lucien croise sur son chemin quelques personnages annexes; chacun cherche dans ce cadre de vie très difficile où le danger est omniprésent (vol, viol, meurtre, racket...) quelque chose à quoi se
raccrocher: un amant pour une bourgeoise, la religion pour la femme de l'épicier; pour Lucien, c'est l'amour de sa mère, la mer (il a toujours rêvé de la mer, y jetant tout ce qu'il a trouvé
de beau dans la vie) , le silence (il rêve d'écrire un roman sur le silence) et l'Etrangère (journaliste européenne croisée de manière très brève sur laquelle il fantasme).
Ce sera l'occasion d'aborder le sujet du regard de la presse étrangère sur le pays, de l'alcool et de la drogue qui gangrènent la société grâce à des situation que l'on vit du dedans avec Lucien.
Quelques morceaux choisis:
"le passé finissait toujours par devenir plus beau que le présent. Le passé trouve toujours à tirer sa revanche. Personne sur cette terre ne peut avoir la force de subir deux défaites en même
temps...Comment se résigner à l'idée que du début à la fin tout, tout le temps, fut au pire! Et qui pourrait reprocher à un vieux type en fin de parcours de s'accrocher par petites doses à des
bonheurs-rétrospective! Fou qui viendrait lui reprocher de mettre du rose à sa mémoire, de garder l'abondance en oubliant la pénurie, de choisir qu'hier il était plus heureux. Car, aujourd'hui,
ça va pas mieux. Et le malheur, tout de même, faut pas en faire une permanence!"
"Des camarades durs d'oreille sans le savoir, dyslexiques sans le savoir, parce que les déficiences et les malformations c'est le boulot des spécialistes. Et que veux-tu qu'un spécialiste
aille foutre dans ton trou de paria, à détecter des maladies dont personne ne connait le nom et dont de toute manière personne ne guérira parce que la souffrance coûte moins cher que la guérison."
"La rareté du bonheur s'étend dans toute la salle, malgré l'effort de la musique, la rareté du bonheur s'étend dans toute la pièce. Elle
recouvre les livres, les disques, les visages. L'impasse et la quête. Partout....Et toi aussi, Lucien, qui ne sais que dire, qui a envie d'être
ailleurs, qui n'aimes que la mer, Ernestine et l'Etrangère. Toi, comme eux tous, dans la quête et l'impasse. Occupé à remplir le vide. A faire
avec tout et rien. Toi qui voudrait en rire, faute de mieux."
La foule des étudiants est rassemblée pour commencée la manifestation; ils savent qu'il y a de grands risques d'émeutes et de représailles:
L'étudiant n'écoute pas vraiment. Derrière les voix, il entend surtout la peur. Ses camarades non plus n'écoutent pas. Ils savent qu'ils ont raison. Que la fatalité est un luxe qu'ils ne peuvent plus se payer. Que leur humanité passe par cette prise de risque. Ils savent qu'il n'y a pas moyen de savoir ce
qu'il y a au bout de la marche, mais qu'il leur faudra désormais marcher. Ensemble, de préférence.
Il a l'impression d'inspirer tout l'air de la ville pollué de gasoil, d'urine, des plaies béantes des mendiants, des cadavres d'hommes et d'animaux abandonnés par les chauffards ou les truands
qui les ont exécutés comme indice d'une destinée commune à chaque passant, des repères pour rappeler à l'ordre du tourment toute personne qui sortirait
dans la rue avec des idées positives en tête, tout fou qui s'attendrait à une nouvelle rencontre annonçant quelque chose de beau: une histoire d'amour ou un rire d'enfant.